Sans commerce, la ville n’existe pas

Publié le 3 Novembre 2016

Gentilly remplit plusieurs conditions pour devenir (demeurer si on voit le verre à moitié plein) une ville apaisée et conviviale. D’abord beaucoup d’habitants sur un petit territoire, autrement dit une densité élevée. Ensuite l’immédiate proximité de Paris plus une offre de transports nettement supérieure à la moyenne. Une richesse économique (pas nécessairement de la population) qui bien sûr doit beaucoup à la géographie. Une taille « humaine » (encore que des quartiers de très grandes villes puissent parfaitement cocher cette case). Enfin une mixité de population. La densité de population est indispensable pour que les transports « doux » (marche et vélo) puissent être prépondérants. Nous avons dans notre précédente tribune évoqué des pistes pour favoriser à Gentilly les mobilités douces, notamment le passage en zone 30. Une autre caractéristique essentielle d’une ville apaisée et conviviale est la vitalité commerciale. Elle aussi est favorisée par la forte densité, mais elle ne va pas de soi étant donnés notamment la concurrence des grandes surfaces et parfois le manque de pouvoir d’achat.


Les commerces de proximité créent du lien social, épargnent des déplacements en automobile, assurent un service de surveillance qui participe grandement au sentiment de sécurité. Ces fonctions ne sont pas valorisées par le marché, au contraire des gains de productivité des grandes surfaces de périphérie. Sans vitalité commercial de nombreuses villes françaises deviennent au mieux des villes musée (en leur centre historique exclusivement), au pire déclinent et se paupérisent gravement. « Sans commerce, la ville n’existe pas » écrit Olivier Razemon dans « Comment la France a tué ses villes ? ».  Grâce en partie aux atouts que nous avons évoqué Gentilly n’est pas dans une situation critique au regard du commerce mais ne peut se satisfaire d’une vitalité commerciale très moyenne.
Les chaînes La Vie Claire et bientôt Picard, des restaurants comme Mosaïque, plus récemment Le Mixte et Le Millénium (qui ne figure pas dans l’annuaire des commerces sur le site de ville, comme d’autres commerce, par exemple La Bulle) renforcent l’offre commerciale. Le marché Frileuse au centre-ville est attractif. Mais, en particulier en dehors du centre-ville, le tableau est plus sombre. Au Chaperon où les commerces luttent pour leur survie. Les commerces de Gabriel Péri sont loin d’être florissants. Le soir même le centre-ville est morne.  

Il nous faut dans les projets urbains favoriser une offre commerciale à des endroits où la greffe peut prendre grâce à l’environnement et à la population à proximité, anciennement ou nouvellement : place Henri Barbusse (on rêve de pouvoir s’attabler à l’ombre des platanes et à côté de la fontaine à la terrasse d’un établissement qui remplacerai la peu regrettée pizzéria Fontana !), place Marcel Cachin etc.

Des espaces publics de qualité, agréables, propres et sûrs, conçus pour être parcourus prioritairement à pied (la présence nombreuses des piétons contribuera en retour à la sécurité) sont indispensables. Il doit se trouver à proximité un pouvoir d’achat suffisant pour assurer la pérennité des commerces, mais aussi pour leur diversité un équilibre entre les âges, les occupations, qui est autant affaire d’offre que de demande.

L’opportunité d’un effet d’entrainement de Sanofi sur le commerce dans le quartier Val-de-Bièvre n’a pas (pas encore ?) été saisie : 3000 salariés ce n’est pourtant pas rien !
Pas moins de trois sites à Gentilly ou à proximité ont été retenus dans l’appel à projet « Inventons Paris » de la Métropole du Grand Paris (61 sites retenus sur 112 propositions*) : « Le Coteau » d’Arcueil à côté du quartier Gabriel Péri, des terrains de l’Hôpital du Kremlin-Bicêtre à proximité de la future gare du prolongement de la ligne 14 et, à Gentilly même, « Un cœur pour le Plateau » à côté de l’accès sud du RER. Ce dernier site renforce l’opportunité d’une couverture du RER et d’un réaménagement ambitieux de la gare et de ses alentours. Une réunion publique sur le sujet a attiré beaucoup de monde (contre une petite quinzaine de participants, y compris les organisateurs, à une réunion sur l’aménagement dans le cadre des assises de la ville : les Gentilléens veulent des projets concrets à discuter !). Il y a dans ce « cœur du Plateau » la possibilité d’inventer un espace de rencontre attractif pour des publics variés. Il faut faire en sorte que habitants et salariés usagers du RER s’y arrêtent, pour y faire des achats, ou y prendre un café entre amis, pendant que les enfants jouent en sécurité, avant de poursuivre leur trajet à pied ou à vélo (une offre de parking sécurisés pourrait se trouver là : Vélib’ est déjà présent mais peut-être aussi Véligo –offre d’espace abrité et sécurisé pour le parking). La priorité aux circulations douces doit y être particulièrement marquée.  Cela au bénéfice du commerce puisque contrairement à une idée reçue les commerces n’ont rien à craindre de la baisse de la part des déplacements en automobile : les piétons et les cyclistes consomment tout autant, et sont plus fidèles, que les automobilistes. Là comme à d’autres endroits à Gentilly la ville et la Métropole peuvent favoriser l’implantation ou le maintien de lieux culturels comme des librairies ou des galeries d’art, des lieux d’échange et de solidarité comme les ressourceries ou accorderies (échanges de services entre habitants, voir ici). Des lieux hybrides combinant les services peuvent parfois plus facilement trouver leur place, à l’exemple d’une librairie proposant ateliers et buvette à la Goutte d’or aidée par la Mairie de Paris à travers plusieurs dispositifs combinant aides à l’implantation et prêts (lire ici).   

Version longue de la Tribune pour Vivre à Gentilly de novembre, par Guillaume Gaulier


(*) La Métropole entend avoir un rôle d’accélérateur de projet qui seront réalisés par des aménageurs privés qui pourront s’appuyer sur la Caisse des dépôts pour obtenir des prêts.

Rédigé par ps-gentilly

Publié dans #VaG

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