Statistiques policières

Publié le 12 Janvier 2006

    Nicolas Sarkozy va commenter aujourd'hui les statistiques de la délinquance pour 2005. Il va sans doutes se rejouir de la baisse de 1,3% mesurée par ses services, tout en appellant à un effort supplémentaire puisque le rythme de la baisse a diminué par rapport aux années précédentes.
Contrairement à leur habitude les journalistes ne semblent ne pas trop se focaliser sur ce seul indicateur, et détaillent un peu en relevant que les violences aux personnes ont augmenté de 5%. Le cumul de types de délinquance très différents est évidemment extrêmement douteux. Additionner viols, vols d'autoradio et outrages à agent pour juger de la délinquance n'est pas plus pertinent qu'une évaluation de l'état de santé de la population reposant sur le cumul de cancers et de rhumes.

Une solution, si toutefois on souhaite disposer d'un indicateur synthétique, pourrait être de pondérer chaque acte par la peine encourue, en temps d'emprisonnement. Je ne serai pas surpris que le diagnostic soit alors assez différent.

            Je reviendrai sur la question de la mesure de la délinquance dans un autre article, en examinant notamment les enquêtes de victimisation (qui intérrogent la population "sur le terrain" à propos des actes de délinquance subis), aujourd'hui je reprends des élements de comparaisons internationales sur les statistiques policières tirées d'une note rédigée en 2003.

Si on cumule tous les types de délinquance, on constate que la délinquance française s'est tendanciellement beaucoup accrue à partir des années 60 (dans les années 50 on était à des plus bas historiques), pour se stabiliser à un niveau élevé dans les années récentes, oscillant entre 3,5 millions et 4 millions de faits constatés. Entre 1995 et 2000 la délinquance totale n'évolue pas beaucoup, la France étant dans la moyenne européenne.

La tendance croissante est généralisée dans le monde développé, elle traduit pelle mèle: - L'augmentation de la richesse et donc des opportunités lucratives de vol (explosion des vols dans les années de forte croissance, entre 1960 et 1975), - La baisse du contrôle social informel et de la vigilance communautaire dans des sociétés urbaines, aussi l'accroissement du traitement policier d'actes autrefois cachés voir tolérés (violences sexuelles en particulier), - La montée de la consommation de drogues douces (dans le Val de Marne près de 90% des délits liés à la drogue concernent des consommateurs de cannabis).

Si on rentre plus dans le détail on constate que les violences les plus graves n'ont pas augmenté en France (ni ailleurs) au cours des vingt dernières années. Le taux des homicides et tentatives d’homicides a continué à baisser jusqu'à récemment (mais le bilan de Sarkozy est plus incertain sur ce point, je n'ai pas encore les chiffres récents).

La délinquance en France se caractérisait anciennement par une légère sur-représentation des vols mais une présence relativement modérée des actes de violence aux personnes. Mais dans les dernières décennies ces violences se sont en général accrus, la tendance à été plutôt moins bonne qu'ailleurs.

Donc forte hausse de la délinquance « intermédiaire » : en gros les violences hors homicides, y compris les destructions et dégradations de biens publics et privés (automobiles…), et particulièrement les vols avec violence.

Parallèlement les vols de voiture ont nettement diminué, les autres vols (dont cambriolages, peu importants en France) se sont stabilisés. La sécurisation des véhicules contre le vol, les mesures de sécurité prises par les opérateurs de téléphonie mobile, ont du récemment diminuer le nombre de délits.

Ces "tendances lourdes" semblent se poursuivre.

En ce qui concerne les auteurs des crimes, la spécificié la plus nette est celle d'une forte sous-représentation des femmes dans les auteurs de crimes (14% contre plus de 20% en Allemagne et Etats-Unis). La sur-représentation des mineurs est possible mais peu prononcée, l'hétérogénéité des définitions internationale empêche de se prononcer clairement.

Le rajeunissement de la délinquance (aujourd'hui un peu plus de 20% des délits) s'est produit entre 1993 et 1998.

Les comparaisons internationales permettent une analyse plus objective des statistiques policières, elle ne permettent pas toutefois d'isoler l'impact des variations dans l'intensité de l'activité policière, dans le traitement des plaintes (certaines restent en "main courante") ou dans la propension à déposer plainte. La mise en place de la police de proximité par le gouvernement Jospin a contribué à la hausse de la délinquance mesurée, sa suppression permet à Sarkozy d'améliorer aujourd'hui son score.

A suivre…


Sur la criminologie on peut utilement se réferer au sociologue Laurent Muchielli
A lire aussi un article sur la police de proximité et l'échec de la politique de sécurité de Sarkozy, par Sebastian Roché.

Rédigé par Guillaume Gaulier

Publié dans #Politique nationale

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