Revenus des ménages et inégalités dans le Val-de-Marne et à Gentilly

Publié le 1 Septembre 2008

Attention, article intensif en chiffres !

L’INSEE met en ligne des données sur les revenus des ménages et leur répartition. Il s’agit de statistiques pour l’année 2005 mais il est probable que le tableau d’ensemble serait peu différent en 2008.
Je propose d’examiner la situation des ménages gentilléens en comparaison de celles des ménages des autres villes du Val-de-Marne.

Un ménage gentilléen « moyen » disposait en 2005 d’un revenu annuel de 29.080 euros (soit 2423 euros par mois). Ce chiffre place Gentilly en 43ème position sur 47 villes dans le département.
Mais la notion de ménage moyen n’a pas grand sens quand on sait l’importance des inégalités entre ménages (ce que les statistiques ci-dessous vont amplement confirmer). Il est déjà plus pertinent de regarder les revenus du « ménage médian » c'est-à-dire celui qui se situe juste au milieu de la distribution des revenus, 50% des ménages sont plus pauvres que lui, 50% sont plus riches. A cette aune, avec un revenu médian de 23003 euros, Gentilly occupe la 45ème place, devant Ivry-sur-Seine (22826 euros) et au coude-à-coude avec Villeneuve-Saint-Georges (23070 euros). Arcueil est à 25512 euros, le Kremlin-Bicêtre à 27542, L'Haÿ-les-Roses à 32784 euros (revenu le plus élevé du Val-de-Bièvre). Les communes en tête sont des petites communes du sud du département comme Marolles-en-Brie ou Santeny, ainsi que Rungis. Parmi les grandes villes Saint-Mandé (32104 ménages fiscaux) apparaît comme particulièrement favorisée avec un revenu médian de 34916 euros mais surtout un revenu moyen de 54158 euros qui la situe au 3ème rang du Val-de-Marne.
Pour ce qui est des 25% de ménages les plus pauvres (premier quartile) Gentilly se classe dernière ville du département. Ces ménages touchent 14571 euros par an, soit 1214 euros par mois. Si on redescend encore dans l’échelle des revenus on constate que les 10% des ménages aux revenus les plus bas touchent 7545 euros (629 euros par mois). Gentilly devance cette fois deux villes : Ivry-sur-Seine et Alfortville. Fresnes se situe à 13993 euros, Marolles-en-Brie à 21323.
Si à l’inverse on regarde les revenus des plus riches dans chaque ville on constate que Gentilly occupe une place très défavorable, quoi qu’un peu moins mauvaise que dans les comparaisons précédentes. Les 25% de ménages gentilléens les plus favorisés ont des revenus de 37438 euros par an, ce qui les place en quatrième position, en partant du bas, après Ivry-sur-Seine, Villeneuve-Saint-Georges et Valenton. L'Haÿ-les-Roses est à 50840 (17ème) et Saint-Maur à 58745 (14ème). Ces « riches » gentilléens ont en fait des revenus similaires aux ménages « pauvres » (premier quartile) de Marolles-en-Brie, et légèrement supérieur au revenu moyen à L’Hay-les-Roses, Fresnes et Cachan. Quant aux « très riches » si on peut définir ainsi les 10% les plus riches, ils touchent un revenu annuel de 55439 euros à Gentilly (41ème rang). Le seuil des 100.000 euros annuel (8333 euros par mois) est dépassé à Marolles-en-Brie, Santeny et Saint-Mandé. Les « très riches » gentilléens ont à peu près le revenu médian à Marolles-en-Brie ou le revenu moyen de Saint-Mandé.
Les chiffres ci-dessus laissent voir des inégalités très importantes entre les villes mais aussi en leur sein. Quelles villes sont les plus inégalitaires ? Il n’existe pas une façon unique de mesurer ces inégalités, je privilégie ici un indicateur courant qui est le rapport entre les revenus des 10% les plus riches et ceux des 10% les plus pauvres. Selon cet indicateur les inégalités les plus fortes se rencontrent dans les villes très riches et les villes très pauvres. Elles sont les plus fortes à Saint-Mandé avec un rapport de 1 à 9. Viennent ensuite Nogent-sur-Marne puis des villes pauvres comme Ivry-sur-Seine (rapport de 7,4) et… Gentilly (7,35). Dans le Val-de-Bièvre Arcueil se situe au 11ème rang des villes les plus inégalitaires, suivie de Villejuif (17ème), Le KB (19ème), Cachan (20ème), L’Hay-les-Roses (24ème) . Fresnes est, suivant ce critère, la ville la plus égalitaire du Val-de-Marne.
L’INSEE donne également les revenus par Unité de Consommation (UC) c'est-à-dire en tenant compte de la composition des ménages (1 UC pour le premier adulte de chaque ménage, 0,5 pour les autres, 0,3 par enfant ; un ménage composé d’un couple avec deux enfants compte donc pour 1+0,5+0,3+0,3=2,1 UC). Ce type de mesure permet de prendre en compte les écarts de taille entre ménages. Par exemple les ménages de Vincennes ou Saint-Mandé (1,43 et 1,49 UC par ménage) sont de petites tailles, souvent d’une personne, probablement personne âgée seule alors que ceux de Marolles-en-Brie (1,96 UC par ménage) comprennent de nombreuses familles avec enfants. Dans les classements de revenu Marolles-en-Brie est donc retrogadée au profit de Vincennes. Les ménages de Gentilly sont relativement petits (1,55 UC par ménage contre 1,67 en moyenne), particulièrement ceux disposant des revenus les plus haut, ce qui conduit à une remontée de la ville dans les classements : Gentilly occupe entre la 40ème et la 42ème place pour tous les classements, et même la 34ème place pour ce qui est des revenus par UC des 10% des ménages les plus riches.
Le dernier quartile des revenus par UC (les 25% les plus aisés en tenant compte des besoins de consommation liés à la composition des ménages) à Gentilly touchent à peu près les revenus moyens (toujours par UC) dans les villes les plus riches du Val-de-Bièvre : Cachan, Fresnes et L’Hay-les-Roses. Les 10% les plus pauvres n’ont que 4549 euros par an par UC (par exemple 379 euros par mois pour un adulte ou 796 euros par mois pour un couple avec deux enfants).
En termes d’inégalité des revenus par UC, Gentilly « gagne » une place et n’est plus devancée que par deux villes : Ivry-sur-Seine et Alfortville. Le rapport entre les revenus (par UC) des plus riches et des plus pauvres est toutefois quasi-inchangé à 7,3. Fresnes demeure la ville la plus égalitaire du Val-de-Bièvre mais dans le département se situe derrière 11 petites villes résidentielles à dominante pavillonnaires (beaucoup de familles). 

Rédigé par Guillaume

Publié dans #Economie

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Guillaume 25/11/2008 14:27

@frondyde
Tout à fait d'accord avec vous...
Dans le numéro 2 de Paroles Gentilléennes vous trouverez un dossier sur le collège

fonfreyde 14/11/2008 11:24

Les chiffres sont alarmants mais révélateurs de l'accélaration de la paupérisation des populations déjà les plus pauvres. Cependant, faut-il toujours persévérer comme le fait la ville de Gentilly à n'accueillir que les plus démunis? Ne serait-il pas préférable d'apporter une mixité sociale? Enseignant depuis plusieurs années, je sais ce qu'elle apporte. L'enfant de cité dans une école de "bon niveau" a toute les chances d'être tiré vers le haut. A contrario, on connait les ravages des écoles ghetto qui ne peuvent qu'accueillir qu'une seule catégorie de population. Voir les conditions de travail pour les élèves et les enseignants dans les ZEP ou les zones sensibles. Gentilly se dote d'un nouveau collège, d'une nouvelle médiathèque. Bien, mais à qui profitent-ils? Personne ne peut nier les problèmes rencontrés dans le collège. Que cherche vraiment la municipalité? Craint-elle que la mixité rime avec érosion de ses électeurs? Il n'est pas nécessaire d'être sociologue pour se rendre compte de la radicalisation de la politique de la municipalité. J'y vois presque un mépris pour les classes moyennes, propriétaires. Classes moyennes soucieuses de la pérennité de leurs valeurs de solidarité mais aussi d'un environnement propice à l'amélioration. La pauvreté de la population doit-elle excuser les rodéos urbains, les dégradations, les vitres de voiture brisées, le no man's land du parc des côteaux, la saleté de la voirie? Le dernier numéro de "Vivre à Gentilly" sur la difficulté des petits commerces est à hurler de rire. Comment l'équipe municipale peut -elle espérer l'installation de nouveaux commerçants avec un pouvoir d'achat aussi faible? C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue. La population déshérritée empêche un investissement favorable à l'amélioration des conditions de vie. Que signifie donc cette politique? Sous prétexte qu'on est pauvre, on n'a pas le droit à aspirer à une vie meilleure? Le "luxe" de rues propres et calmes, une scolarisation normale, un avenir en-dehors du deal et de la délinquance, pouvoir laisser son véhicule n'importe où sans craindre de le récupérer cassé ou volé, sont-ils réservés aux seules villes riches? Ne sont-ce pas plutôt des valeurs de gauche que la sécurité, la santé, la scolarité? L'ancienne équipe de la mairie de Gentilly s'est trompée et la nouvelle semble s'engager vers les mêmes erreurs voire "errements". Dommage.