Sondages, popularité et élection présidentielle

Publié le 22 Août 2006

La mauvaise réputation des sondages et enquêtes d’opinion politique ne les empêche pas d’attirer beaucoup d’attention.Ils vont se multiplier à l’approche des échéances électorales de 2007 (voir ce blog).

Dans l’hypothèse où les militants socialistes tiennent compte de ces enquêtes pour choisir leur candidat à la présidentielle en novembre de cette année, ou en considérant simplement que les préférences des Français et celles des militants du PS ne sont pas dissociées, la question des sondages a une importance particulière (et problématique !) cette année.

Je tente ici de tirer quelques enseignements des enquêtes de popularité TNS-Sofrès qui ont l’avantage d’être disponibles en ligne pour un grand nombre de personnalités politiques et sur une longue période. Sauf mention contraire, j’utilise le pourcentage de réponse oui à la question « Voulez-vous me dire si vous souhaitez lui [la personnalité] voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ? ». Par simplicité je parle de côte de popularité.



Voici donc un graphique puis quelques observations sur le passé, le présent et l’avenir :

                 En abscisse :  mois, par rapport à la date de l'élection  en t
                 En ordonnée : côte de popularité enquêtes TNS-Sofrès


Quelques observations
(qui ne se limitent pas aux informations tirées du graphique ci-dessus) :


Les variations brutales de la popularité sont dues à des événements politiques exceptionnels, le plus souvent électoraux :

-       les victoires ou défaites électorales non anticipées provoquent des variations parfois brutales : à la hausse dans le cas de Jospin arrivé en tête du 1er tour en 1995 ou pour Le Pen qualifié pour le second tour en 2002 qui atteint alors son pic de popularité, à la baisse pour Balladur défait en 1995 ou Jospin absent du second tour en 2002. Si le résultat était anticipé les conséquences sont moindres et peuvent être inversées : victoire de Chirac en 1995.

-         l’investiture, surtout si elle n’était pas anticipée, donne un bonus parfois très important comme dans le cas de Jospin en 1995

-             d'autres victoires internes peuvent avoir un fort impact à court terme, par exemple la victoire du oui au Traité constitutionnel européen à l'intérieur du PS avait provoqué une hausse soudaine de la côte de Hollande

-          les nominations au poste de premier ministre sont toujours favorables : Rocard en 1988, Raffarin en 2002, etc.

-          des décisions impopulaires peuvent évidemment provoquer de lourdes chuttes : la crise du CPE a fait ainsi dévisser la popularité de de Villepin.
 

En règle générale la popularité vient au secours de la victoire plutôt qu’elle ne la précède.

Le caractère inattendu des événements est à l'origine des changements les plus rapides.

Des fortes popularités n’ont souvent pas de traductions électorales, en particulier quand elles vont bien au delà du camp politique de la personnalité concernée (Kouchner, qui se situait autour de 55% de popularité jusqu’au référendum, autour de 45% depuis, Simone Veil).

Sauf en période de cohabitation, quand les mauvaises nouvelles peuvent être mises au passif du gouvernement par un président plus spectateur qu’acteur, la côte des présidents ne fait en général que se détériorer après leur élection. Il en va de même pour les premier ministres. Rocard, Jospin et Balladur (sauf juste avant de quitter Matignon pour les deux derniers) ont été les seuls à maintenir une côte de confiance positive (pour les présidents et premiers ministres TNS-Sofrès publie aussi des séries de confiance – défiance).

Juste avant le premier tour de 2002 la popularité de Jospin se situait à un niveau élevé (59%). Elle ne chute (lourdement : -17 points) que dans la première enquête après le scrutin. Mais on constate que Jospin a bien été victime d’une « usure du pouvoir » : sa côte de confiance baisse franchement à partir de novembre 2001, en mars 2002 elle passe sous les 50%, en avril le solde confiance – défiance devient négatif.

La popularité telle que mesurée par TNS-Sofrès ne correspond donc pas exactement à la confiance accordée aux gouvernants : en avril 2002 on peut souhaiter que Jospin joue un rôle important dans l’avenir sans lui accorder sa confiance en tant que chef du gouvernement.

Si l’explication de la défaite de Jospin en 2002 est la piètre campagne des socialistes alors il semblerait que ce n’est que dans les derniers temps que l’opinion en ait tenu rigueur au candidat socialiste ou/et que les erreurs ont été commises en fin de campagne seulement. L’hypothèse d’une sanction du bilan du gouvernement Jospin me semble très insuffisante, sauf à penser que les français n’ont eu connaissance de ce bilan que quelques jours avant de voter. L’hypothèse d’une dispersion d’électeurs de gauche certains de la présence de Jospin au second tour est plus crédible. Bien entendu les trois hypothèses évoquées ont joué un rôle, dans des proportions qu’ils ne sera jamais possible d’évaluer précisément.


Concernant 2007 :


Sarkozy
a une côte de popularité très chaotique, il ne parvient pas à se maintenir au dessus de 50% deux mois consécutifs. Il semble avoir fait le plein, avec un « noyau dur » d’un peu moins de 45% de français qui lui sont favorables et un volant d’électeurs hésitants qui changent facilement d’opinion en sa faveur ou sa défaveur. Il ne dispose sans doute pas d’une marge de progression importante en cours de campagne sauf à engranger les conséquences d’une chute de popularité de ses rivaux. L’absence de vrai concurrence à droite semble toutefois lui laisser le champ libre pour le 1er tour. Seul Chirac ou de Villepin pourrait dans des circonstances improbables apporter une concurrence à droite, il faudrait par exemple une situation de crise particulièrement bien gérée par l'executif ou des résultats ressentis comme très favorables par les Français sur le front de l’emploi, plus sans doute un ou plusieurs faux pas de Sarkozy.

La progression de Ségolène Royal est ininterrompue depuis 10 mois, ce qui est tout à fait exceptionnel (de 37% en octobre 2005 à 57% en juillet-août 2006).

Elle atteint aujourd’hui à peu près la popularité de Jospin en 2002 ou de Balladur en 1995 au même stade de leurs campagnes. Si on se réfère aux deux dernières élections présidentielles les positions à 8 mois du vote ne présagent en rien du résultat final. Rien n’est joué ! En 1995 et 2002 l’élection s’est joué dans les 4 ou 5 derniers mois (investiture de Jospin, chute de Balladur et retour en grâce de Chirac début 1995, montée de Le Pen début 2002, etc.). Défait par deux fois, Mitterand était considéré par beaucoup avant 1981 comme un homme du passé, Rocard plus populaire apparaissait comme un meilleur candidat (je ne sais pas s'il aurait été meilleur candidat mais je pense qu'il aurait été meilleur président !).

La marge de progression de Royal est sans doutes assez faible, au delà de 55% il faut mordre significativement sur l’électorat adverse ce qui est rare (et sans doutes peu significatif en terme de potentiel électoral). En général, les popularités dépassant 60% ne sont atteintes qu'immédiatement après une victoire électorale. Le seuil de 70% est exceptionnel et n’est jamais maintenue durablement (Rocard en 1981 et 1988, Balladur en 1993).

Les concurrents de Royal à l’investiture du PS ont besoin d’un événement marquant pour refaire leur retard. Par définition ils ne bénéficieront pas avant le vote des militants du bonus lié à cette première victoire. Mais en cas d’investiture ce bonus relativiserait le handicap que représente leurs relativement faibles côtes actuelles. Les côtes de Lang (stable autour de 40%) et de DSK, Hollande et Jospin (autour de 30%), voire de Fabius (autour de 20%, à peine moins que Jospin en aout 1994) pourraient leur laisser de bonnes chances de victoire finale, si ce n’était le score actuel de Royal et l'investiture prochaine (trop précoce?) par les militants !

Un effondrement (une érosion ne suffirait vraisemblablement pas) de la popularité de Royal semble être le principal espoir de ses concurrents, dont on ne voit pas quel événement exceptionnel (plus précisément un événement qui renouvelerait profondemment leur image actuelle) pourrait les porter. Un faux pas catastrophique de Royal est d’autant moins vraisemblable qu’elle n'est exerce pas de responsabilités gouvernementales.

Ni Royal ni Sarkozy ne devraient bénéficier d’un bonus important en cas d’investiture puisque celles-ci sont anticipées. Il est toutefois possible que la compétition au sein du PS soit plus favorable à Ségolène Royal en cas d’investiture puisque cette concurrence médiatisée ménage un suspens qui n’existe pas au sein de l’UMP.

Un élement inquiétant : la popularité de Le Pen est plutôt élevée en ce moment, même si elle reste inférieure à son sommet atteint avec la présence du leader d’extrême droite au second tour en 2002.

Vous pouvez aller voir aussi cet article trop compliqué qui propose une analyse statistique à partir des séries de TNS-Sofrès. Je n'ai pas eu le temps de mettre à jour les données mais je pense que mes principales conclusions (peu spectaculaires!) restent valides. A savoir la position relativement atypique ou en marge de leurs camps respectifs de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy en terme de popularité.

Pour être populaire il ne vaut mieux pas être trop fortement associé aux partis, il faut apparaître comme une personnalité indépendante.

Mais comme on l'a vu la popularité ne fait pas l'élection, enfin jusqu'ici…

Voir aussi ce nouvel article sur le sujet le 1/11/2006

Rédigé par Guillaume

Publié dans #Elections

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