Pourquoi je voterai DSK le 16 novembre

Publié le 12 Novembre 2006

Dans le texte qui suit, notamment dans les premiers paragraphes, je ne cherche pas à présenter les convictions et le projet présidentiel de DSK, j'évoque quelques thèmes qui me paraissent importants en donnant une opinion personnelle qui n'engage que moi et qui n'est pas nécessairement celle de DSK. Par exemple, je suis sceptique sur l'Europe sociale, du moins telle que nous l'entendons généralement au Parti socialiste, mais peut-être DSK, sans en faire un préalable, estime-t'il qu'il pourra entraîner ses homologues chefs d'État sur la voie de l'harmonisation sociale? Ce texte n'exprime pas non plus l'opinion de la section socialiste de Gentilly qui se partage entre pro-DSK et pro-Ségolène mais qui se rassemblera derrière le candidat du Parti Socialiste quel(le) qu'il (elle) soit.


Chers camarades,

J'ai le sentiment que nous vivons un moment extrêmement important. Les élections de 2007 seront déterminantes car le président élu et sa majorité ne pourront éviter des choix décisifs.

Le vieillissement de la population (qui est en soit une bonne nouvelle puisqu'il résulte de l'allongement de la durée de vie) mettra une pression maximale sur notre système de protection sociale. La génération des baby-boomers parvient à l'âge de la retraite. Les dépenses de santé pour le 3ème et le 4ème âge vont continuer à augmenter. Les actifs sur qui reposeront ces charges seront peu nombreux. Ils hériteront d'une dette publique considérable qui n'a pas eu pour contrepartie des investissements suffisants dans l'avenir (éducation, recherche, infrastructures) et donc n'a pas créée les moyens de son remboursement. Les solutions passent nécessairement par la combinaison d'un recul de l'âge de la retraite, d'une diminution des pensions et d'une augmentation des cotisations des actifs. Choisir exclusivement le dernier levier semble être la tentation d'une partie d'entre nous, le plus souvent en laissant croire qu'il suffira d'augmenter des taxes qui ne pèsent que sur les plus riches ou sur le capital. Revenir sur les baisses d'impôts de ces dernières années favorables aux plus riches sera nécessaire, au moins autant par souci de justice sociale que pour financer des transferts intergénérationnels. Mais cela ne fera pas le compte, les gros revenus ne sont pas si nombreux. Taxer plus lourdement les profits n'est pas si facile dans une économie (heureusement) ouverte comme l'est celle de la France. Cela peut s'envisager notamment en concertation avec nos partenaires européens qui rencontrent souvent les mêmes problèmes. Mais la capacité de négociation de la France est indéniablement réduite après le rejet d'un traité pourtant largement inspiré par elle. Je reviendrais sur ce point. Pour ce qui est du financement de la protection sociale, il incombera au futur Président d'expliquer puis d'assumer des réformes qui ne feront pas que des gagnants : réforme des régimes spéciaux, recul de l'âge de la retraite auquel n'échapperaient que ceux qui exercent les métiers les plus pénibles, plafonnement des pensions. On ne reviendra que marginalement sur les réformes Balladur (désindexation des pensions) et Fillon, qui n'ont réglé qu'un tiers du problème. Ou alors nous ne resterons pas longtemps au pouvoir car les français, une fois que la réalité nous aura rattrapé, ne pardonneront pas la mise en faillite de leur système de protection sociale.
Donc dire la vérité aujourd'hui, être courageux une fois élu.

La relance européenne ne se fera pas sur la base de l'Europe sociale rêvée par les socialistes français, il faut se réveiller. Retrouver la confiance de nos partenaires européens ne sera pas facile et nous n'obtiendrons pas d'eux un alignement sur des positions que souvent même les gouvernements de gauche ne partagent pas. Si encore nous étions sincères, mais reconnaissons le, quand par exemple nous demandons un salaire minimum européen, nous ne cherchons pas à améliorer le sort des ouvriers Polonais mais plutôt à réduire la compétitivité de l'industrie de leur pays. Pour le moment appliquons le principe de subsidiarité en laissant l'essentiel des questions sociales dans la compétence des États. On peut espérer quelques avancées mais dans les années qui viennent il sera déjà très bien d'obtenir celles que comportait le traité constitutionnel. Cela ne signifie pas que la question sociale doit être laissée de côté mais qu'on doit à mon avis d'abord avancer au niveau national, en cessant d'utiliser l'Union comme bouc émissaire de nos échecs. Rappelons toutefois qu'une très grande partie des avancées dans la législation française en matière de droit du travail ou de protection de l'environnement, proviennent de la transposition de directives européennes. L'Europe c'est déjà notre quotidien. Cette Europe « par le preuve » ne suffit pas. Pour aller plus loin (par exemple vers une fiscalité environnementale européenne) l'Union doit se doter d'une architecture institutionnelle adaptée à sa taille (bientôt 27 pays) et qui la fasse sortir de sa paralysie actuelle. Un nouveau Président devra être parfaitement préparé à saisir l'opportunité d'une relance franco-allemande qu'offre le calendrier avec la présidence allemande puis française de l'Union.
Le prochain Président devra aussi ne plus laisser croire aux Français que l'Union sera une France en plus grand, en faire des Européens.

Nous devons nous défaire de l'idée selon laquelle pour restaurer les services publics en France il suffira de déverser un peu plus d'argent. Je prendrais l'exemple de l'enseignement supérieur. Bien sûr nous devons élever nos dépenses qui dans ce cas (ce qui n'est pas vrai de l'enseignement secondaire par contre) sont insuffisantes par rapport à celles de beaucoup d'autres pays industrialisés, mais tout observateur lucide du système de formation supérieur français et particulièrement de son système universitaire sait que sans réforme en profondeur ces nouvelles dépenses seront inutiles. Donnons d'abord une large autonomie des universités, concentrons nos moyens pour avoir des universités et des laboratoires d'excellence, créons des systèmes d'incitation efficaces, permettons aux chercheurs expatriés de revenir dans de bonnes conditions, facilitons les partenariats avec le privé, etc. Même si la réforme est conçu dans le dialogue avec les chercheurs, faire bouger l'université déplaira, en particulier dans nos rangs, pourtant nous n'avons pas le choix si nous voulons garder l'avance scientifique et technologique qui justifie notre niveau de vie.

De même, tant que nous nous contentons de dire que pour faire face à l'urgence environnementale et énergétique il suffira de planter quelques éoliennes ici, baisser la TVA sur les chauffe-eau solaires par là, ou faucher quelques champs d'OGM ailleurs, nous maintiendrons les français dans l'illusion d'une transition indolore vers une société durable et une économie sobre. Là encore réveillons nous ! La principale mesure que nous devrons prendre si nous sommes conséquents consiste en une taxation toujours croissante sur la consommation d'énergie (pour les sources diffuses d'emissions de gaz à effet de serre, au niveau industriel on peut procéder par quotas négociables ou par la norme). Cela doit pouvoir être compris si on explique bien que l'option de l'inertie est suicidaire et qu'on accompagne ces nouvelles taxes d'une baisse d'autres pans de la fiscalité (sur le travail par exemple). Mais quand je vois que la réaction spontanée à la panne électrique récente en Europe est plus souvent la dénonciation de la libéralisation imposée par Bruxelles et de l'insuffisance des capacités qui ne suivent pas une demande évidemment toujours croissante, plutôt que l'appel à des économies d'énergie, je me dis qu'un gouvernement authentiquement écologiste aura fort à faire. L'urgence environnementale impose rien de moins qu'un effort de même ampleur que celui consenti pour reconstruire le pays après la seconde guerre mondiale. Pour le moment le discours écologiste est consensuel, quand arrivera le moment de passer aux actes il n'en sera plus ainsi. Et ce n'est pas seulement des lobbies industriels ou agricoles qui feront obstacle. C'est l'ensemble de nos concitoyens qu'il reste à convaincre que des efforts valent la peine d'être fait puisqu'ils nous conduisent vers une société plus humaine, en tout cas une société que nous choisissons de construire plutôt que vers celle qui résulterait de la destruction des équilibres planétaires.

Le moment est mal choisi pour la démocratie d'opinion. Quand les sondages diront que les français ne veulent pas payer le coût du système de protection sociale dont il n'entendent pourtant pas toucher un cheveu, quand les sondages montreront que les français n'acceptent pas de payer plusieurs fois plus cher leurs voyages en avion et le plein de leur voiture mais ne supportent plus les coupures de courant et les étés caniculaires à répétition, préserver l'intérêt collectif sera parfois coûteux en popularité.
L'opinion, si elle est autre chose qu'une construction médiatico-politique, est versatile et ses attentes sont contradictoires.
Ne prenons pas le risque d'accentuer la suspicion qui touche les politiques. Attention aux propositions mal ficelées et aux mots utilisés pour les énoncer. Les « jurys populaires » chargés d'une « surveillance » des élus, la dénonciation de la « peur du peuple » chez ceux qui ne partageraient pas ces propositions, tout cela risque d'accentuer la crise politique. Cherchons d'abord à améliorer la démocratie représentative en insufflant plus de diversité, de renouvellement, de transparence et de responsabilité (mandat unique, statut de l'élu, renforcement des pouvoirs du Parlement). Cela n'est pas contradictoire avec une reflexion des modalités de la démocratie participative.

DSK nous propose d'assumer enfin la social-démocratie. De cesser d'être complexés par rapport aux révolutionnaires de salon soi-disant à notre gauche qui n'ont jamais obtenu d'avancées sociales trop occupés qu'ils sont à préparer la rupture avec le capitalisme. La social-démocratie c'est mettre en oeuvre la démocratie pour favoriser l'émergence de consensus ou de compromis sur des réformes pour plus de justice sociale. C'est favoriser l'approche contractuelle, le dialogue avec des partenaires sociaux acteurs du changement. C'est ne nier ni les contradictions et les dangers du système capitaliste, ni son efficacité. C'est utiliser de manière pragmatique cette efficacité (oui, les prix sont souvent des signaux indispensables pour indiquer la rareté des biens et services et par suite mieux affecter les ressources ; non, la recherche du profit n'est pas nécessairement antisociale). C'est proposer les régulations adéquates quand, et c'est le cas le plus fréquent, le marché ne conduit pas à l'optimum social. C'est ne jamais refuser un pas en avant sous prétexte que l'objectif ultime n'est pas complètement atteint. C'est évaluer l'efficacité de l'action publique, connaître et s'inspirer des expériences réussies à l'étranger.

DSK veut renouveler en profondeur notre action en faveur de l'égalité, en ne se contentant pas de réparer par la répartition mais aussi et surtout en luttant contre les inégalités à la racine. D'où l'accent mis sur la petite enfance, sur la concentration du capital public sur ceux qui manquent de capital social (une classe de 30 à Neuilly ce n'est pas un problème, à Sarcelles les recherches récentes tendent à montrer que c'est deux fois trop). Plutôt que de supprimer la carte scolaire, DSK propose de lier les moyens des établissements aux situations des familles de telle sorte que les établissements accueillant majoritairement des enfants de milieux plus aisés libèrent des moyens pour ceux qui accueillent des enfants de familles en difficulté. Ces moyens devraient pouvoir être utilisés pour renforcer et stabiliser l'encadrement des élèves, ce qui suppose sans doute de donner plus de pouvoir aux chefs d'établissement.
La proposition de capital de départ pour les jeunes, qui pourrait être financée par prélèvement sur les héritages, permettrait d'accélérer les transferts intergénérationnels en en faisant bénéficier aussi ceux qui n'ont pas eu la chance de naître dans des familles disposant d'un patrimoine important.

DSK met la question économique et sociale au centre, parce qu'elle commande tout. Le fameux ordre juste de Ségolène Royal sera atteint plus sûrement en luttant enfin contre les discriminations de fait et la précarité qu'en proclamant un attachement à des valeurs.
En 1997 Chirac a dissout l'Assemblée car la situation budgétaire apparaissait critique et l'entrée dans l'Euro compromise. DSK a fait ses preuves comme ministre de l'économie en restaurant la confiance et en présidant à la période la plus riche en création d'emplois que la France ait connu dans les trente dernières années. Il est vrai que l'économie mondiale était bien orientée entre 1998 et 2000 mais il faut retenir que la France est parvenue à surpasser ses partenaires, ce qu'elle est bien en peine de faire depuis. Le pragmatisme de DSK est nécessaire pour réformer l'État et la société dans son ensemble. Sans le dogmatisme qui nous conduirait par exemple à rendre prioritaire une renationalisation coûteuse de GDF. Le projet socialiste est impossible à financer sans une croissance forte, dont il reste à dire comment on l'obtient (en la découplant par ailleurs de la croissance de la consommation d'énergie?), n'alourdissons pas la barque inutilement (les missions de service publics ne sont pas réservées aux entreprises 100% publiques, les scandinaves le prouvent tous les jours).

DSK est moins haut que Ségolène Royal dans les sondages (auprès des sympatisants et non des militants) mais d'une part l'écart se resserre au fur et à mesure que les français prennent connaissance de la force et de la cohérence de la candidature de DSK et surtout, si l'on devait se fier aux sondages (6 mois avant l'élection) plutôt que VGE, Mitterrand et Chirac deux fois, c'est successivement Chaban Delmas, Rocard, Balladur et Jospin qui auraient été élus. Si DSK ou même Fabius est investi, très vite il concurrencera Sarkozy dans les sondages... mais ce ne sera pas gagné pour autant ! Il faut se réjouir qu'une socialiste soit populaire mais il serait absurde de baser notre choix principalement sur ce critère.

DSK mobilise autour de lui une équipe cohérente et soudée ainsi que des soutiens qui l'ont rejoint sur la base de convictions (Rocard, Badinter, Tasca, Bockel, Moscovici, Huchon, Trautmann et notre député, maire de Cachan, Jean-Yves Le Bouillonnec). J'ai plus de doute sur l'attelage improbable entre Montebourg, Ayrault, Dray, Frêche, Mauroy et Lang autour de Ségolène Royal. L'hétérogénéité des soutiens de Ségolène Royal fait écho au malentendu qui, je le crains, explique une partie de sa popularité : en ne dessinant pas un projet d'ensemble mais en procédant par petites touches qui sont souvent autant de coups de canifs dans le projet socialiste (militarisation de l'encadrement des délinquants, mise en cause des 35h, jurys populaires) elle laisse croire à des personnes très différentes qu'elle pourrait incarner leurs idées. Certains la voient blairiste, d'autres la situent à la gauche du parti socialiste. Il pourrait y avoir beaucoup de déception de part et d'autre!
Il y a peut être plus de cohérence dans l'équipe de Fabius mais j'ai plus que des réserves sur des personnalités comme Mélenchon ou Généreux par exemple, mauvais souvenir de la campagne référendaire (indépendamment du résultat du vote qui s'impose à nous bien sûr) menée par des socialistes contre leur propre parti sans doute...

DSK me semble le mieux à même de faire face au libéral-bonapartisme du chantre de la rupture qu'est Sarkozy qui, s'il séduit beaucoup d'électeurs, en effraie aussi un grand nombre y compris dans son camp. DSK est respecté, il rassure, ce qui est important dans une période troublée, je crois qu'il peut mieux que ses concurrents rassembler la gauche puis les français autour d'un projet collectif. Ses qualités d'orateur et de débatteur sont connues.

Bien sûr chacun de nos trois candidats dispose d'atouts. Laurent Fabius a une grande expérience du pouvoir. Ségolène Royal a parfaitement mené la précampagne électorale qui l'a conduite à aborder le débat d'investiture dans une position de favorite, elle a pour cela montré une capacité d'écoute qui est précieuse. Elle partage je crois beaucoup des convictions sociales-démocrates de DSK. Qu'une socialiste soit la première Présidente de la République française n'est pas sans attrait. Mais l'incertitude me semble trop grande, l'ambiguïté, le caractère approximatif et apparemment improvisé de certaines de ses prises de position l'empêchent d'inspirer la même confiance que DSK quant à son niveau de préparation à l'exercice de la fonction présidentielle dans une époque mouvementée. Il nous faut, je crois, évaluer les candidatures sans indulgence parce que le droite n'en aura pas dans la campagne à venir mais surtout parce qu'il s'agit de choisir un Président pour la France.

DSK possède la cohérence intellectuelle, la force d'innovation et le pragmatisme nécessaires. Sa grande expérience des affaires européennes lui permettra de rétablir rapidement la France dans son rôle de moteur de la construction européenne. Il est à même de fixer un cap pour la France et d'entraîner nos concitoyens derrière lui. C'est pour cela que je voterai pour lui.

Guillaume

Rédigé par Guillaume

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Guilllaume 17/11/2006 08:03

ouip, j'aurais ptêt du me présenter au lieu de laisser Dominique y aller!Résultats à Gentilly : Laurent Fabius = 3,4%, Ségolène Royal= 34,5%, DSK=62,1%La campagne présidentielle commence, derrière Ségolène. Pas plus mal de commencer par une belle victoire.

manu 16/11/2006 18:36

En fait, je crois que je vais plutôt voter Guillaume finalement