Les 3 mesures phares de Nicolas Sarkozy (dans son interview au Parisien) : désincitation à l'embauche, incitation à l'endettement et promotion de la rente

Publié le 21 Février 2007

1. Pas de cotisations et pas d'impôts sur le produit des heures supplémentaires. 
 
            Belle manière de creuser le fossé entre les salariés les plus insérés et protégés et la grande masse de ceux qui craignent pour leur emploi ou en sont privés.
Il faut vraiment ne jamais avoir rencontré ni un patron, ni un salarié pour croire que c’est ce dernier qui décide de son temps de travail. Bien sûr la décision revient au patron.
Avec une baisse massive du coût du travail pour les heures supplémentaires les patrons cesseraient d’embaucher pour imposer des heures sups souvent à des salariés déjà surchargés. Certains, touchant des petits salaires, acculés par des charges de logements trop lourdes, ou bourreaux de travail, seraient évidemment satisfaits. Les plus nombreux n’auraient d’autres choix que d’accepter une charge de travail supplémentaire, parfois au prix de l’équilibre de leur vie familiale.
Par ailleurs cette politique destructrice d’emplois coûterait très cher. Il faudra bien compenser le manque à gagner de cotisations sociales (potentiellement très élevé, car les heures sups concerneront souvent des salariés très bien payés, que les entreprises auront intérêt à « utiliser » au maximum). Qui paierait ? Les français de demain héritier d’un fardeau de la dette toujours plus élevé. A moins qu’il s’agisse pour Sarkozy de préparer, comme avec sa proposition de franchise de remboursement des soins médicaux, l’enterrement de la SECU ?
Les entreprises, en particulier les PME, ont parfois besoin d’heures supplémentaires, pour faire face à une surcharge de travail passagère. Elles doivent pouvoir le faire (par les heures sups de leurs salariés mais aussi par l’interim). Mais en en payant le prix. Quand il s’agit d’augmentation permanente de leur activité, elles doivent être incitées à recruter.
La société de la rupture des solidarités que propose Sarkozy en opposant les travailleurs « qui se lèvent tôt » aux « assistés » (RMIstes, chômeurs, fonctionnaires, etc.) est aussi la société du travail comme « souffrance ». Philippe Askenazy, spécialiste d’économie du travail et auteur d’une livre remarquable sur la montée de la pénibilité du travail) écrit dans son blog :
« En faisant applaudir durant ses meetings les français qui se lèvent tôt, et huer ceux qui ne se lèvent pas tôt (les chômeurs, les salariés avec horaires non décalés) ou les 35 heures, le candidat de l’UMP définit une nouvelle référence des conditions de travail. Les pénibilités sont la norme. Devenues normales, nul besoin de les prendre en compte pour la retraite, nul besoin de chercher à les contenir, bien au contraire. »
 
2. Que tous ceux qui achètent un appartement puissent défiscaliser les intérêts de l'emprunt contracté pour acheter ce bien.
 
Encore une mesure très coûteuse (il en faut pour parvenir au montant vertigineux de dépenses ou de baisses de recette que Sarkozy projette !) qui ne profitera qu’à ceux qui bénéficient d’une stabilité de l’emploi et d’un revenu suffisant pour accéder à le propriété malgré les prix atteint par l’immobilier.
En plus d’être coûteuse et injuste, cette mesure ne ferait qu’alimenter la bulle immobilière et l’endettement des ménages. Elle ne repose sur aucune logique économique.
 
3. Suppression des droits de succession et des donations pour 90 % des Français.
 
L’immense majorité des français ne paient déjà quasiment pas de droits de succession. Il s’agit donc de se priver d’encore quelques milliards de rentrées fiscales pour servir quelques heureux héritiers de parents aisés. Bienvenue dans la France de la rente !
L’impôt sur les successions (à condition que les héritages les plus modestes y échappent, ce qui est déjà le cas) est un impôt juste et efficace (il ne décourage pas l’activité économique mais au contraire favorise la mobilité sociale et le dynamisme). Aux Etats-Unis, il est attaqué par la droite conservatrice et réactionnaire, et défendu par les démocrates et une partie des milieux d’affaires qui ne veulent pas d’une économie de rentiers. Challenges cite l’économiste Christian Saint-Etienne, proche de l’UDF : « l’immense majorité des économistes, même les plus libéraux d’entre eux, sont favorables au maintien d’une taxe sur les successions ».

Rédigé par Guillaume

Publié dans #Economie

Repost 0
Commenter cet article