Les impasses de Bayrou

Publié le 5 Mars 2007

Je me risque aujourd'hui à un exercice de prospective à l'attention des électeurs de gauche tentés par le vote Bayrou.

Supposons qu'au soir du 22 avril Bayrou se trouve qualifié pour le second tour.

Que pourra-t'il faire de votre vote ?

Examinons trois hypothèses par ordre inverse de vraisemblance (d'extrêmement peu à peu vraisemblable).


- 2ème tour face à l'autre "troisième homme", Le Pen.  Vraiment de la politique fiction mais c'est le scénario idéal pour Bayrou, le seul qui lui permette de garder son positionnement de rassembleur par dessus le clivage gauche-droite.

Les deux partis qui structurent la vie politique française mis en déroute, il se trouve garant des valeurs républicaines, avec les mains libres pour faire l'"union nationale". On voit entre les deux tours quelques manifs d'électeurs de gauche une nouvelle fois privés de représentant au second tour et d'anti-FN. Les commentateurs politiques se demandent si Bayrou fera aussi bien que Chirac en 2002.
Il est élu le 5 mai.

La déconfiture commune des deux principaux partis conduit à une recomposition politique majeure. Les ralliements de personnalités de la gauche sont possibles car la véritable opposition devient l'extrême droite. L'UDF (ou un nouveau parti conçu pour accueillir les ralliés de la gauche et de la droite républicaine) peut espérer, sinon obtenir une majorité parlementaire centriste, au moins trouver assez d'alliés parmi les députés PS et UMP qui auront eu besoin du "label" présidentiel pour être élus. Le FN se trouve être l'opposition de fait, malgré qu'il n'ait pas de groupe parlementaire conséquent (les législatives de juin se faisant au scrutin majoritaire, ce qui pourrait demeurer par la suite, Bayrou oubliant sa promesse d'instillation de la proportionnelle qui ne correspondrait plus à ses intérêts).

La suite est très incertaine : reformation du clivage gauche-droite (cette dernière étant cette fois dominée par l'UDF), scission du PS dont une partie rejoindrait une nouvelle formation du centre-gauche, l'autre une opposition de gauche radicalisée, intégration de tout ou partie du FN dans la droite parlementaire, ...

Quoi qu'il en soit, à la première difficulté sérieuse, et elle viendra vite avec une majorité hétéroclite dans un champ de ruine politique (les deux partis qui structurent la vie politique depuis des décennies mis en déroute !), l'alternance c'est la droite populiste.

- 2ème tour face à Royal. Instantanément Bayrou doit revêtir l'habit de chef de la droite. Les ralliements venus de la gauche sont rarissimes. Ceux de la droite ne manquent pas.  L'élimination de Sarkozy au premier tour et a contrario la présence de Royal signifiant que Bayrou aurait mordu plus sur l'électorat de la droite que sur celui de la gauche au premier tour, incite Bayrou à prendre un positionnement de centre-droit entre les deux tours. Bayrou a de bonnes chances de gagner la présidentielle, avec facilité s'il réussit, malgré l'ouverture à droite, à conserver les électeurs de gauche séduit au premier tour. Les législatives peuvent lui apporter une majorité mais nécessairement de droite (l'UMP joue de l'arme de dissuasion des investitures contre les candidats sortants de l'UDF, les deux partis "se tiennent par la barbichette"). La France se retrouve avec une cohabitation, au sein d'une droite en recomposition. Le PS est tenté par la radicalisation, d'autant plus que Bayrou occupe l'espace politique au centre (et parvient à rallier quelques personnalités de la gauche).


- 2ème tour face à Sarkozy. Suppose que Bayrou ait mordu assez largement sur l'électorat de gauche et/ou que les petits candidats de gauche aient recueilli une forte part des voix de ce côté de l'échiquier politique (21 avril bis repetita).

Bayrou tente une ouverture très délicate à gauche, seule manière de battre Sarkozy. Ce dernier doit se droitiser (encore) pour faire le plein des voies FN du premier tour.
Bayrou ne dispose que d'une faible réserve : PS faible et déchiré, mis en déroute une seconde fois, extrême gauche cherchant à prendre l'ascendant sur le PS (mise en cause de la droitisation du PS comme cause de son échec) et absolument pas désireuse d'aider à l'élection d'un homme du centre-droit.

Si malgré le manque de ralliements de personnalités de la gauche, le refus de choisir entre deux hommes de droite ("bonnet blanc, blanc bonnet" selon le mot de Duclos refusant au second tour de l'élection de 1969 de choisir entre Pompidou et Poher) d'une bonne partie des électeurs de gauche (l'UMP se chargeant aussi de rappeler à ces électeurs que Bayrou est bien de droite...), Bayrou l'emporte, les problèmes ne font que commencer :

L'élection législative devient le vrai moment de décision. L'UMP peut faire perdre un grand nombre des députés UDF, habituellement élus grâce à l'union de la droite (il est vrai que l'UDF peut alors aussi faire battre beaucoup de députés UMP...). Les candidats centristes (sans doutes dans un nouveau parti) bénéfient évidemment de l'élection de leur chef mais doivent absolument obtenir au moins la neutralité bienveillante du PS. Celui-ci profondément meurtri et divisé, voire scindé, a bien du mal, en moins de 40 jours, à se donner une stratégie adaptée à la nouvelle donne et à la faire appliquer sur le terrain.

Paradoxalement Bayrou peut trouver plus sûr de chercher un modus vivendi avec tout ou partie de l'UMP défaite aux présidentielles.

La probabilité qu'émerge une majorité solide et en phase avec la campagne de centre-gauche de Bayrou est faible. Elle n'est pas nulle mais c'est un pari risqué.

Conclusion :

Bayrou, le centriste révolutionnaire, pourrait être (malgré lui ?) celui qui priverait une seconde fois les français d'un choix politique clair et assumé.
IL s'est peut-être sincèrement détaché de sa famille politique naturelle, la droite. Mais c'est un homme seul, dont la nature véritable de l'offre politique ne sera connu qu'après le premier tour puisqu'elle dépendra de celui ou celle qu'il devra affronter au second tour ainsi que du résultat d'élections législatives particulièrement incertaines. On notera qu'il n'obtient pas les ralliements à droite qui crédibiliseraient sa posture de rassembleur dans ce camp, au contraire Blanc et Santini (qui dit "garder la maison UDF") l'ont quitté. Surtout, il ne peut pas proposer de perspectives pour les réformistes de gauche.
Bayrou cite DSK comme son possible premier ministre, mais l'avenir de la social-démocratie et des personnalités qui l'incarne reste à gauche.
J'espère quant à moi que le moment venu, quelque chose ressemblant à un "ticket" Royal-DSK viendra montrer cette évidence.

Autre chose : Si, comme cela reste le plus probable, Bayrou est éliminé du second tour, croyez vous qu'il appellera à voter contre le patron de l'UMP ? Croyez vous qu'il soutiendra ou participera à un gouvernement social-démocrate qu'il appelle pourtant de ses voeux aujourd'hui ? Il se garde bien de lever l'ambiguité.

Amitiés social-démocrates

PS: Je n'ai pas abordé ici les propositions de Bayrou mais on m'accordera que les conditions de la mise en oeuvre d'une offre politique sont importantes. Et puis pour le moment Bayrou se contente d'être le candidat du moins-disant budgétaire. Il est bon de se soucier de la dette mais peut-être faudrait-il aussi expliquer quels investissements dans l'avenir (qui, s'ils ont un haute rentabilité sociale, peuvent parfaitement être financés par l'emprunt public) vont permettre de remettre le pays d'aplomb ? La proposition d'interdire par la loi les budgets déficitaires (voir les commentaires ci-dessous pour une discussion de ce point) serait dangereuse et est complètement irréaliste (Wyplosz dans Telos-eu nous rappelle que Reagan l'a abandonné en son temps).

Sur les proposition de Bayou voir aussi Philippe Askenazy : "Le vrai visage de Bayrou"
et, concernant la proposition anti-chômage (les 2 emplois sans charge par entreprise), cette critique de Vincent Champain sur Telos

Rédigé par Guillaume

Publié dans #Elections

Repost 0
Commenter cet article

Guilllaume 07/03/2007 23:16

Visiblement quand on fouille un peu dans le programme de Bayrou on fait quelques découvertes.Philippe Askenazy a fait cet effort dans "Le vrai visage de Bayrou"http://philippeaskenazy.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/03/05/promenade-dans-les-propositions-de-bayrou.htmlpar exemple un très bel allègement de l'ISF pour les plus grosses fortunesou cette phrase : "Dans un pays qui compte 4 millions de chomeurs, pourquoi aller chercher de la main d'oeuvre à l\\\'exterieur"François! d'habitude c'est l'autre "troisième homme" du "centre-droit" (dixit lui-même), qui agite ce genre d'équation  : "1 immigré en plus (en moins) = 1 chômeur en plus (en moins)".Concernant la proposition anti-chômage de Bayrou (les 2 emplois sans charge par entreprise) voir cette critique de Vincent Champain : http://www.telos-eu.com/2007/03/les_emplois_bayrou.php

Guillaume 07/03/2007 09:30

Merci Thomas,
c'est vrai Bayrou ne parle que du déficit de fonctionnement, je me suis trop vite fié (ou ai lu trop vite?) à l'article de Wyplosz sur telos-eu (lien dans mon billet). Cela dit ce genre de contrainte est inutile et peut facilement être contourné. Une dépense dans l'éducation c'est du fonctionnement ou de l'investissement? construire des locaux pour une université de l'investissement? payer un enseignant-chercheur du fonctionnement?... on ouvre des débats sans fin, parfaitement inutile.
parlons plutôt de l'efficacité de la dépense publique, qu'elle soit classée comme de fonctionnement ou d'investissement. Point sur lequel tous les candidats ont à travailler.

thomas 07/03/2007 01:32

Bonjour,Je pense qu'avant de critiquer un programme il faudrait d'abord le lire ;-)Bayrou n'a JAMAIS proposé d'interdire les déficits budgétaires liés à des dépenses d'investissement, mais UNIQUEMENT ceux liés à des dépenses de fonctionnement. Pas de soucis donc pour les investissements productifs ;-)Je vous invite à consulter le programme "à la source" (http://www.bayrou.fr). Quitte à critiquer un programme, autant que ce soit le bon :).Pour ce qui est de la prospective, je préfère à tout prendre un président [que je pense être] à la hauteur de sa fonction mais devant composer avec un parlement turbulent, qu'un président [que je perçois comme] opportuniste et cynique avec un parlement à sa botte. La démocratie me semble plus y gagner dans la première hypothèse. Question de goût, bien entendu.Cordialement,thomas

arnaud 06/03/2007 18:35

ALLER RAPIDEMENT SUR LE SITE WWW.VOTEZ2007.COM POUR FAIRE GAGNER SEGOLENE ROYAL

arnaud 06/03/2007 18:34

J'ai ouvert un blog politique sur http://desirsdavenir86000.over-blog.net/ alors venez le voir et dite ce que vous en penser dans les commentaires pour que je l'ameliore, merci d'avance!!!!