Pour une réforme des retraites juste

Publié le 11 Octobre 2010

A paraître dans VAG :


 A l’heure où paraîtra ce texte le gouvernement aura probablement fait voter par sa majorité une réforme injuste et qui ne comblera pas le besoin de financement des retraites ni ne mettra fin à l’angoisse quant à l’avenir du système [c'est fait!].

L’opacité des régimes de retraites actuels participe de cette inquiétude : personne n’est vraiment capable de prévoir le niveau de sa future retraite et le temps de cotisation nécessaire pour pouvoir en bénéficier. Les jeunes n’imaginent même plus percevoir une retraite digne de ce nom.

A l’époque où le système était équilibré, nombre de personnes décédaient peu d’années après leur départ en retraite. Il faut se réjouir de la hausse spectaculaire de l’espérance de vie depuis lors.

Utiliser intégralement ce progrès pour du temps libre en fin de vie n’est pas la seule option. Le travail n’est pas toujours vécu comme un emprisonnement. Si beaucoup de travailleurs souffrent, la solution est d’abord dans l’amélioration des conditions de travail. En matière de réforme des retraites, rien n’empêche d’être imaginatif et de promouvoir des parcours moins linéaires : années sabbatiques, cessation progressive d’activité avec transmission des savoirs, conditions de travail adaptées à l’âge, cumul emploi-retraite, etc.

Mais repousser à 62 ans le droit à la retraite, ainsi qu’à 67 ans l’âge de la retraite à taux plein, est extrêmement injuste envers ceux qui ont commencé à travailler tôt, ou dont la carrière a été interrompue (particulièrement des femmes).  Mieux, il serait normal, par exemple, qu’un ouvrier du bâtiment puisse partir avant ses 60 ans, après un nombre d’années de cotisation largement inférieur à celui requis, par exemple, d’un chercheur. Une hausse de la durée de cotisation ne doit pas être écartée mais elle ne peut être uniforme.

Une plus grande individualisation des âges de départ éviterait, par ailleurs, la discrimination à l’embauche des séniors approchant l'âge légal de départ. Les entreprises rechignent en effet à investir en formation pour ces salariés. De plus, la parade actuelle qui consiste à rendre plus coûteux le licenciement de salariés séniors conduit nombre d’entreprises à limiter ces embauches.

Il est important de mettre en place un système équilibré sur le long terme, compréhensible et équitable. On peut imaginer des retraites construites progressivement par le cumul de droits tout au long de la carrière dans un régime unique, et convertis en pensions de retraite en fonction de l’espérance de vie restante, de manière à égaliser pour chaque génération les cotisations versées et les pensions touchées. La mise en œuvre d’un tel système « à la suédoise », en partant de l’imbroglio actuel des régimes de retraites devrait s’étaler sur de nombreuses années.

La question du besoin de financement des retraites des « papy boomers » devrait être traitée à part. Les réserves financières nécessaires à leur financement n’ont pas été constituées ou vont être vidées par le gouvernement (fonds mis en place par le gouvernement Jospin). Les actifs, c’est à dire leurs enfants,  moins nombreux et n’ayant  pas bénéficié de gains de pouvoirs d’achat importants, ne peuvent pas combler seuls ce besoin de financement exceptionnel, encore largement alourdi par la chute des recettes de cotisation causée par la crise économique et financière (deux tiers du déficit actuel !). Les revenus du capital doivent notamment être sollicités.

La reforme des retraites qui reste à faire devra reposer sur la justice sociale, en étant particulièrement attentive à l’équité entre générations et au sein de chaque génération (les retraites les plus basses devraient être augmentées tandis que les retraités aisés pourraient contribuer plus). Cela sans oublier que l’augmentation de la productivité peut légitimement être utilisée pour accroître le temps libre, à un moment ou un autre de la vie.

Rédigé par Guillaume

Publié dans #Economie

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