Profils de campagne : popularités des candidats à l'élections présidentielle en 1995, 2002, 2007 et 2012

Publié le 17 Février 2012

Après la popularité des partis examinons celle des candidats à l'élection présidentielle :

 

Début février la cote de popularité de François Hollande, mesurée par les opinions favorables dans le baromètre de TNS-Sofrès, est de 50%.popularite candidats fev12 Elle le situe largement en tête des candidats à la Présidence de la République : Nicolas Sarkozy est à 29%, Marine le Pen à 26% (stable), François Bayrou à 41% (en retrait par rapport à janvier mais en forte hausse par rapport à décembre, 29%). L’écart entre les deux favoris s’est creusé progressivement à partir de fin 2010-début 2011 : par exemple, en octobre 2010 Sarkozy était à 27% et Hollande à 28%. [pour un suivi exhaustif des sondages de la présidentielle 2012 consultez Présidentielle 2012 - Intentions de vote aux élections - Sondages en France]


 50% est un niveau de popularité moyen à ce stade de la campagne. En février 2007 Sarkozy comme Royal étaient à 51%, Bayrou à 39%. En février 2002 Chirac était à 46% et Jospin à 60%. En février 1995 Balladur était à 64% et Jospin à 42% (TNS-Sofrès ne donne pas la côte de popularité de Chirac à cette date, elle était probablement entre celle de Balladur et de Jospin).

 
La popularité ne garantit évidemment pas l’élection.

-En 1995, la popularité de Balladur (au plus haut en octobre 1993 à 70%) avait « décroché » lors des mois de février et mars pour atteindre 49% au moment de l’élection, un niveau encore respectable mais inférieur à ceux, en progression, de ses concurrents Jospin et Chirac, qui finiront respectivement premier et deuxième du premipopularite_candidats_1995.jpeger tour. On notera que le début de la progression de Jospin (24% début décembre 1994, 56% début mars 1995) commence au moment où Delors renonce à se présenter, le 11 décembre 1994, et non au moment de sa victoire aux primaires internes du PS face à Emmanuelli le 5 février 1995 (sa progression se confirme cependant). Juste avant son renoncement Delors était crédité d’une popularité de 62% en hausse depuis juin 1994 (51%). Cette cote ne commencera à décliner qu’après avoir atteint le niveau record de 71% début avril 1995.
-En février 2002 Jospin devançait largement Chirac (60% contre 46%). On l’oublie souvent mais il avait conservé une avance popularite_candidats_2002.jpegconsidérable au moins jusqu’à début avril dans la dernière enquête de TNS-Sofrès avant le premier tour. Ce n’est qu’après le 21 avril 2002 que la popularité de Jospin chute (les positions s’inversent alors entre lui et Chirac, resté peu populaire jusqu’à la veille de l’élection). L’histoire d’une campagne ratée par Jospin ne tient donc que dans la mesure où il n’a réussi qu’à être le candidat favori d’un second tour qu’il n’a pas atteint ! La présence au second tour s’est jouée à un niveau extrêmement bas mais que Jospin n’atteint pas du fait de l’éparpillement du vote à gauche. Jean-Marie Le Pen arrivé deuxième le 21 avril 2002 commençait début 2002 à sortir d’un très fort rejet (8% d’opinions favorables en juin 2001). Il n’atteignait sa popularité maximale à seulement 16%, début avril 2002. Sa présence au second tour n’ayant pas augmenté sa popularité il semblerait que Le Pen ait converti au taux exceptionnel de un pour un sa popularité en voix.

-Pour les candidats plus "consensuels" la popularité ne se convertit pas nécessairement en suffrages. popularite_candidats_2007.jpegAinsi Bayrou était-il certainement le candidat le plus populaire à l’approche du premier tour en 2007 (55% début avril 2007), mais beaucoup de ses « supporters » lui ont préféré Sarkozy ou Royal. Après son élimination, sa popularité s’est encore accrue entre les deux tours (65% début mai), son score relativement élevé ayant surpris (la plupart du temps la popularité répond aux surprises électorales et non l’inverse), il a pu aussi apparaître alors comme un possible premier ministre pour certains, à droite comme à gauche.  Les cotes de popularité très élevées ne garantissent donc pas l’élection, parce qu’elles relèvent d’un engouement fragile, éventuellement d’une bulle, ou/et qu’elles ne se convertissent pas à en voix au premier tour, les suffrages se portant sur des candidatures plus clairement situés sur l'axe gauche-droite (« au premier tour on choisit, au second tour on élimine »).  La popularité des candidats centristes ou perçus comme tels semble la moins bien convertible en suffrages.
 

Pour revenir à 2012, une des spécificités de l’élection cette année est l’écart très grand entre les deux favoris, du fait de l’impopularité inédite du président sortant.
On peut penser que Sarkozy sera en mesure de convertir son très bas niveau de popularité actuel en suffrages au premier tour à un taux élevé : il disposerait d’un socle limité mais probablement assez solide.

-La question se pose d’abord de savoir si ce socle est suffisant pour devancer Marine Le Pen, qui, si elle parvient comme son père à convertir sa popularité en voix à un taux élevé, dispose d’un socle inférieur de seulement quelques points. Mais la « banalisation »/« dédiabolisation » de la candidate du FN par rapport à son père rend peu probable une conversion à un taux aussi élevé de sa popularité en voix. Marine Le Pen se situe d’ailleurs très en deçà de 26% dans les sondages de premier tour (17% à 19%).

-Mais, pour Sarkozy, ne parvenir qu’à consolider sa popularité actuelle et la convertir en voix au premier tour le conduirait probablement à un échec cuisant au second tour. Il doit donc, en moins de trois mois, combler une grande partie de l’écart avec Hollande, de plus de 20 points de popularité (et 10 à 20 points dans les sondages de second tour).

 

Est-ce possible ?

Dans les trois dernières courses à la présidentielle on trouve deux « exploits » de cette nature.

-Jospin entre décembre 1994 (24%) et mars 1995 (56%) comble son retard par rapport à Balladur (et, probablement moindrement Chirac, lui-même en progression... et finalement élu). Il assure ainsi sa présence au second tour et gagne ses galons de chef de la gauche mais n’est pas élu.

-Entre décembre 2006 (34%) et mars 2007 (58%) Bayrou refait son retard sur Sarkozy et surtout sur Royal. Ils les devancent finalement en popularité mais, comme on l’a vu, ne parvient pas à convertir cette bonne cote en suffrages.

 

Pour Hollande, pour le PS, pour la Gauche, rien n'est gagné. La démobilisation est toujours à craindre dans le camp du favori.

Rédigé par Guillaume Gaulier

Publié dans #Elections

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