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Je continue à fouiller dan:s les données de l'INSEE sur la situation économique et sociale dans les communes.
Aujourd'hui quelques chiffres sur les situations les plus critiques.

-En 2006 11% des assurés sociaux de Gentilly étaient bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle Complémentaire. Ce taux est le troisième le plus élevée dans le Val-de-Marne (moyenne de 6%). Le pourcentage de bénéficiaire est supérieur à Villeneuve-saint-Georges (12,7%) et presque identique à Alfortiville (11,1%). Dans le Val-de-Bièvre Arcueil est à 9%, Villejuif à 8% et L'Hay-les-Roses à 5%.
-Si on considère les bénéficiaire de la CMUC âgés de moins de 18 ans, Gentilly, avec 19%, n'est plus "devancée" que par Villeneuve-Saint-Georges (20%). La moyenne du Val-de-Marne est à 9% et du Val-de-Bièvre seule L'Hay-les-Roses (8%) se situe en dessous.
-Si on s'intéresse aux bénéficiaires entre 50 et 60 ans alors Gentilly prend (de peu) la tête avec 10,1% (Alfortville est à 10,05%). La moyenne départementale est cette fois de 4%, taux enregistré par Cachan, Fresnes et L'Hay-les-Roses. Villejuif est à 6% et Arcueil à 7% de bénéficiaires.

-L'INSEE produit également des chiffres intéressants sur les quartiers les plus en difficulté. Cinq quartiers d'habitat social de Gentilly sont concernés : Chaperon Vert, Frileuse, Gabriel Péri, Reine Blanche et Victor Hugo.
-La situation la plus critique est probablement celle du 162 Gabriel Péri. Le taux de chômage en 2006 était de 18%, en baisse de un point par rapport à 1999 mais comme dans le même temps le chômage a reculé partout (il est à craindre que cette amélioration n'ait été que provisoire) Gabriel Péri affiche en 2006 le 8ème taux de chômage le plus élevé des quartiers sensibles du département. Par ailleurs 20% des assurés sociaux sont bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle Complémentaire en  2006, deuxième taux des quartiers sensibles du département, derrière Groult-Ferme Sud à Vitry-sur-Seine (24% de bénéficiaires de la CMUC ainsi que 26% de chômeurs)
-En 1999 le taux de chômage au Chaperon Vert était de 21% le 6ème plus élevé des 68 quartiers sensibles du département. La situation s'est ensuite améliorée puisqu'avec 18% de chômeurs en 2006 le quartier n'enregistrait plus que la 13ème moins bonne performance du département. Le Chaperon-Vert est le seul quartier pour lequel les chiffres de bénéficiaires de la CMUC ne sont pas disponibles.
-Victor Hugo a un taux de chômage qui le situe, en 1999 (16%) comme en 2006 (15%), dans la moyenne des quartiers considérés. Par contre le nombre de bénéficiares de la CMUC y est élevé : 16%, soit le 7ème taux le plus élevés.
-La Reine Blanche compte relativement moins de bénéficiaires de la CMUC (12%) mais est un des rares quartiers à avoir vu son taux de chômage augmenter entre 1999 et 2006, de 16 à 17%.
-Frileuse est dans une situation nettement moins dégradée que les autres quartiers d'habitat social de Gentilly : 13% de chômeurs (62ème quartier sur 68) et 6% de bénéficiaires de la CMUC (63ème)
-Il faut noter que les taux de chômage ci-dessus sous-estiment très probablement la difficulté d'accès à l'emploi, en effet nombre d'habitants peuvent avoir renoncé à chercher un emploi et ne plus être comptabilisés comme chomeurs mais comme inactifs. Par ailleurs des habitants peuvent ne pas être bénéficiaire de l'assurance maladie.
Mon précédent billet sur les revenus des ménages n'a pas eu beaucoup de succès (peu de visites). Peut-être qu'un moyen d'intéresser à cette question des revenus et de leur répartition est de parler du sujet qui passionne la presse (et pas seulement elle) en ce moment : la (possible, probable, certaine, future, actuelle...?) baisse des prix immobiliers?
Donc voici, encore, quelques calculs :

Un ménage gentilléen comporte en moyenne 2,2 personnes. Les logements existants comptent 2,8 pièces.
Je fais donc l'hypothèse qu'un ménage "moyen" occupe un logement de 50 m².
Disons qu'un m² coute autour de 4000 euros à Gentilly (les logements sont mis en ventes à des prix en général supérieurs, comprenant les frais d'agence, mais les plus chers semblent se vendre difficilement)
En considérant les revenus en 2005 (mais ils n'ont pas du beaucoup évoluer malheureusement) on trouve que le prix du logement type représente 6,9 années de revenus du ménage gentilléen moyen.
Pour le ménage médian (50% plus pauvre que lui, 50% plus riche) on monte à 8,7.
Seuls 21% des Gentilléens sont en fait propriétaires (autour de 60% sont locataires de HLM), prenons donc les revenus du dernier quartile (les 25% les plus riches), on redescend alors à 5,3 années de revenu pour acheter.
Pour s'approcher de 3,5, chiffre considéré comme normal, il faut passe aux 10% des Gentilléens les plus riches : ceux-ci doivent débourser  (hors intérêts d'emprunt comme dans le reste des calculs) 3,6 années de revenus pour acquerir un petit trois pièces.
Je n'ai pas fais le calculs pour la France mais en gros je pense qu'on doit être autour de 5,5 années de revenus pour acheter.
C'est à dire plus ou moins le chiffre actuel en Angleterre, que beaucoup voient revenir vers sa moyenne de long terme, c'est à dire 3,7.
Pas de doute qu'il arrivera (qu'il arrive?) la même chose en France (et même à Gentilly!). Grâce à la baisse des prix immobilier probablement mais aussi à l'inflation et, espérons-le, la hausse des niveaux de vie (l'inflation et la hausse des revenus réels à leurs rythmes de croisière peuvent faire baisser le ratio prix-revenu d'environ 4% par an).
Au terme de l'ajustement (disons -30%) la propriété devrait redevenir relativement accessible pour un gros quart des ménages de Gentilly (plus généralement la classe moyenne en région Ile-de-France). Le logement social restera la seule option pour les autres.

Une autre façon de mesurer la surévaluation passe par le calcul de la rentabilité locative. Une fois considérés les charges revenant au propriétaire, les risques de vacance du logement, les frais de maintient en l'état, et les impôts sur les revenus fonciers on arrive, malgré des loyers eux-mêmes très élevés à une rentabilité bien inférieure à celle d'un Livret A (4% nets) qui lui au moins garantit la valeur du capital (pas de risque de moins-value).

Attention, article intensif en chiffres !

L’INSEE met en ligne des données sur les revenus des ménages et leur répartition. Il s’agit de statistiques pour l’année 2005 mais il est probable que le tableau d’ensemble serait peu différent en 2008.
Je propose d’examiner la situation des ménages gentilléens en comparaison de celles des ménages des autres villes du Val-de-Marne.

Un ménage gentilléen « moyen » disposait en 2005 d’un revenu annuel de 29080 euros (soit 2423 euros par mois). Ce chiffre place Gentilly en 43ème position sur 47 villes dans le département.
Mais la notion de ménage n’a pas grand sens quand on sait l’importance des inégalités entre ménages (ce que les statistiques ci-dessous vont amplement confirmer). Il est déjà plus pertinent de regarder les revenus du « ménage médian » c'est-à-dire celui qui se situe juste au milieu de la distribution des revenus, 50% des ménages sont plus pauvres que lui, 50% sont plus riches. A cette aune, avec un revenu médian de 23103 euros, Gentilly occupe la 45ème place, devant Ivry-sur-Seine (22826 euros) et au coude-à-coude avec Villeneuve-Saint-Georges (23070 euros). Arcueil est à 25512 euros, le Kremlin-Bicêtre à 27542, L'Haÿ-les-Roses à 32784 euros (revenu le plus élevé du Val-de-Bièvre). Les communes en tête sont des petites communes du sud du département comme Marolles-en-Brie ou Santeny, ainsi que Rungis. Parmi les grandes villes Saint-Mandé (32104 ménages fiscaux) apparaît comme particulièrement favorisée avec un revenu médian de 34916 euros mais surtout un revenu moyen de 54158 euros qui la situe au 3ème rang du Val-de-Marne.
Pour ce qui est des 25% de ménages les plus pauvres (premier quartile) Gentilly se classe dernière ville du département. Ces ménages touchent 14571 euros par an, soit 1214 euros par mois. Si on redescend encore dans l’échelle des revenus on constate que les 10% des ménages aux revenus les plus bas touchent 7545 euros (629 euros par mois). Gentilly devance cette fois deux villes : Ivry-sur-Seine et Alfortville. Fresnes se situe à 13993 euros, Marolles-en-Brie à 21323.
Si à l’inverse on regarde les revenus des plus riches dans chaque ville on constate que Gentilly occupe une place très défavorable, quoi qu’un peu moins mauvaise que dans les comparaisons précédentes. Les 25% de ménages gentilléens les plus favorisés ont des revenus de 37438 euros par an, ce qui les place en quatrième position après Ivry-sur-Seine, Villeneuve-Saint-Georges et Valenton. L'Haÿ-les-Roses est à 50840 (17ème) et Saint-Maur à 58745 (14ème). Ces « riches » gentilléens ont en fait des revenus similaires aux ménages « pauvres » (premier quartile) de Marolles-en-Brie, et légèrement supérieur au revenu moyen à L’Hay-les-Roses, Fresnes et Cachan. Quant aux « très riches » si on peut définir ainsi les 10% les plus riches, ils touchent un revenu annuel de 55439 euros à Gentilly (41ème rang). Le seuil des 100000 euros annuel (8333 euros par mois) est dépassé à Marolles-en-Brie, Santeny et Saint-Mandé. Les « très riches » gentilléens ont à peu près le revenu médian à Marolles-en-Brie ou le revenu moyen de Saint-Mandé.
Les chiffres ci-dessus laissent voir des inégalités très importantes entre les villes mais aussi en leur sein. Quelles villes sont les plus inégalitaires ? Il n’existe pas une façon unique de mesurer ces inégalités, je privilégie ici un indicateur courant qui est le rapport entre les revenus des 10% les plus riches et ceux des 10% les plus pauvres. Selon cet indicateur les inégalités les plus fortes se rencontrent dans les villes très riches et les villes très pauvres. Elles sont les plus fortes à Saint-Mandé avec un rapport de 1 à 9. Viennent ensuite Nogent-sur-Marne puis des villes pauvres comme Ivry-sur-Seine (rapport de 7,4) et… Gentilly (7,35). Dans le Val-de-Bièvre Arcueil se situe au 11ème rang des villes les plus inégalitaires, suivie de Villejuif (17ème), Le KB (19ème), Cachan (20ème), L’Hay-les-Roses (24ème) . Fresnes est, suivant ce critère, la ville la plus égalitaire du Val-de-Marne.
L’INSEE donne également les revenus par Unité de Consommation (UC) c'est-à-dire en tenant compte de la composition des ménages (1 UC pour le premier adulte de chaque ménage, 0,5 pour les autres, 0,3 par enfant ; un ménage composé d’un couple avec deux enfants compte donc pour 1+0,5+0,3+0,3=2,1 UC). Ce type de mesure permet de prendre en compte les écarts de taille entre ménages. Par exemple les ménages de Vincennes ou Saint-Mandé (1,43 et 1,49 UC par ménage) sont de petites tailles, souvent d’une personne, probablement personne âgée seule alors que ceux de Marolles-en-Brie (1,96 UC par ménage) comprennent de nombreuses familles avec enfants. Dans les classements de revenu Marolles-en-Brie est donc retrogadée au profit de Vincennes. Les ménages de Gentilly sont relativement petits (1,55 UC par ménage contre 1,67 en moyenne), particulièrement ceux disposant des revenus les plus haut, ce qui conduit à une remontée de la ville dans les classements : Gentilly occupe entre la 40ème et la 42ème place pour tous les classements, et même la 34ème place pour ce qui est des revenus par UC des 10% des ménages les plus riches.
Le dernier quartile des revenus par UC (les 25% les plus aisés en tenant compte des besoins de consommation liés à la composition des ménages) à Gentilly touchent à peu près les revenus moyens (toujours par UC) dans les villes les plus riches du Val-de-Bièvre : Cachan, Fresnes et L’Hay-les-Roses. Les 10% les plus pauvres n’ont que 4549 euros par an par UC (par exemple 379 euros par mois pour un adulte ou 796 euros par mois pour un couple avec deux enfants).
En termes d’inégalité des revenus par UC Gentilly « gagne » une place et n’est plus devancé que par deux villes : Ivry-sur-Seine et Alfortville. Le rapport entre les revenus (par UC) des plus riches et des plus pauvres est toutefois quasi-inchangé à 7,3. Fresnes demeure la ville la plus égalitaire du Val-de-Bièvre mais derrière 11 petites villes résidentielles à dominante pavillonnaires (beaucoup de familles). 

J'ai répondu à quelques questions de l'Hebdo des socialistes après une audition dans la cadre du forum "Les socialistes et le marché". 
Les questions portaient sur la mondialisation, les délocalisations et les politiques appropriées dans ce cadre.
L'article de l'Hebdo reprend une bonne partie de mes réponses mais pas la totalité. Je vous propose donc en exclusivité sur ce blog le texte complet !


-La croissance de la France et de l'Europe est molle. peut-on raisonnablement imputer cette faiblesse à la montée de pays émergents comme la Chine et l'Inde?
 
Sans hésitation non, on peut à la rigueur imputer aux émergents une part de la montée des inégalités sur le marché du travail (inégalités salariales aux Etats-Unis, précarité accrue pour les moins qualifiés dans un pays comme la France), mais certainement pas la croissance molle.
Les tensions sur les prix des matières premières et de l’énergie peuvent à terme être défavorables aux pays importateurs dont les pays européens, mais rien n’apparaît de tel pour l’instant. [les choses changent vite : on considère que les pays émergents qui pesaient à la baisse sur les prix (des biens manufacturés) jusqu'alors, provoquent des tensions inflationnistes maintenant]
Ce sont aujourd’hui les pays émergents qui portent la croissance mondiale.

-Les délocalisations semblent peser sur la France. Comment lutter contre?
 
Les délocalisations sont une des manifestations du processus permanent de destruction et création d’activités qui est à la base de la croissance économique, processus qu’elles accélèrent. Elles sont souvent très douloureuses quand elles touchent des bassins d’emploi peu diversifiés et peu attractifs pour des activités nouvelles. La puissance publique doit mettre des moyens suffisants pour aider les salariés licenciés dans des secteurs et des régions qui ne leur offrent pas ou peu de possibilités de retour à l’emploi satisfaisantes : aides à la mobilité, compléments de salaires quand le nouvel emploi est moins rémunéré que celui perdu, formations adaptées bien sûr… Les entreprises qui délocalisent (plus généralement qui détruisent des emplois) peuvent être mise à contribution financièrement, de manière à ce qu’elles intègrent dans leurs décisions le coût collectif des licenciements.

-L'Europe devrait-elle mettre des freins aux frontières pour les produits en provenance de pays comme la Chine?

Ces barrières auraient pour conséquence d’augmenter les prix pour les consommateurs européens. La baisse de pouvoir d’achat qui s’ensuivrait conduirait à la réduction des achats y compris de produits européens. Nos produits sont de moins en moins souvent en concurrence directe avec ceux des pays émergents parce que nos entreprises se sont spécialisés, pour chaque produit, dans le haut de gamme (des produits vendus près de trois fois plus chers que leurs équivalent made in china). Dès lors, sauf dans quelque cas d’industries en déclin, on ne peut pas espérer que la hausse des prix des importations chinoises favorise nos industries.

-Plus globalement doit-on vraiment avoir "peur" des pays émergents?

Ils nous imposent d’améliorer sans cesse ce qui fait notre richesse, c'est-à-dire notre capital humain, notre potentiel d’innovation, nos infrastructures publiques.
L’impact de l’émergence s’apparente à l’accélération du progrès technique. C’est un impact positif mais qui fait des perdants, ceux qu’on a laissé au bord du chemin. Les bénéfices retirés collectivement doivent permettre d’aider à absorber les chocs, de compenser les perdants, surtout de les mettre en mesure de profiter d’un monde plus ouvert, qui s’il est plus risqué, offre aussi plus d’opportunités.
Nous devons collaborer avec les pays émergents pour les aider à limiter les impacts négatifs de leur croissance sur l’environnement global (émissions de gaz à effet de serre notamment, qui nous concernent quel que soit leur lieu d’émission sur la planète).
 

-Dans le cadre de la mondialisation et de ces effets négatifs, ne peut-on pas inventer de nouveaux outils de régulation?
 
Certainement. Certains existent de manière embryonnaire : par exemple le Fonds Européen d’ajustement à la Mondialisation qui peut dépenser jusqu’à 500 millions d’euros par an dans les États-membres en faveur de travailleurs touchés par des licenciements liés aux échanges internationaux.
Il nous faut inventer les politiques qui associent ouverture et protection sociale pour matérialiser collectivement les gains de l’échange.
 

Voilà plus d’un siècle que la Droite française agite le spectre du désastre économique à chaque fois qu’une diminution du temps de travail est réclamée ou a été votée.

 

Avant 1914 la Confédération Générale du Travail et les mouvements socialistes se battaient

 

pour les 8 heures de travail par jour. L’Union Fédérale des Travailleurs Antirévolutionnaire prônait au contraire « le travail intensif » et dénonçait les 44 heures par semaine  « cause de la vie chère ».

 

La loi promulguant les 8 heures de travail par jour ayant fini par être votée en avril 1919, l’Union des Intérêts Economiques la trouvait économiquement aberrante et injuste pour les cultivateurs !!!

 

Les 40 heures hebdomadaires demandées par la Gauche et les syndicats à partir des années trente, furent mis en place par le Front Populaire en 1936.Encore une fois la Droite n’y voyait qu’une source « d’inflation, de vie chère et de chômage ».

 

En 2007 Sarkozy n’innove donc pas beaucoup en considérant les 35 heures comme une des causes principales des difficultés de l’économie française !!!


 


L'OCDE calcule pour ses pays membres une mesure de l'écart du Produit Intérieur Brut (PIB) à son niveau potentiel si les facteurs de production (travail et capital) étaient utilisés normalement. Cette statistique est connue sous son nom anglais d'"output gap". Elle permet d'évaluer la qualité du réglage conjoncturelle de l'économie. Dans un précédent article je tentais d'évaluer les performances respectives de la droite et de la gauche en matière de création de richesse (monétaire), telle que mesurée par la croissance du PIB. Avec l'output gap on fait abstraction de la tendance (le PIB potentiel) pour se concentrer sur les fluctuations de court et moyen terme.
 
Le bilan est pareillement défavorable à la droite :
 
- gouvernements Rocard, Cresson puis Beregovoy (1988*-1993) : l'output gap se dégrade de 2,1 points de PIB mais celui de la Zone Euro chute de 3,8 points. Score de la France (le différence) : +1,7
(*: en fait 1989, première année dont je dispose dans les données de l'OCDE)
 
- gouvernements Balladur puis Juppé (1993-1997) : l'ouput gap français continue à se dégrader (-1,3) alors que celui de la Zone Euro s'améliore de 0,7. Score de la France : -0,6
 
- gouvernement Jospin (1997-2002) : amélioration plus forte pour la France (+2,1) que pour la Zone Euro (+1,6). Score de la France : +0,5
 
- gouvernements Raffarin puis de Villepin (2002-2006(*)) : dégradations à peu près identiques pour la France et la Zone Euro, environ -1,3. Score de la France : -0,03
(*: je ne prends pas les données de 2007 qui sont des prévisions, mais le résultat serait inchangé) 
 
En étant indulgent ça donne Gauche 3 - Droite 0 (2 surperformances pour la gauche, un but contre son camp du mentor de Sarko et du "meilleur d'entre nous", un match (très) nul pour finir).
Les pires années pour la droite, et malheureusement pour la France, ont été 1994 et 1995 (Balladur puis Juppé) suivies de... 2006
 
1. Pas de cotisations et pas d'impôts sur le produit des heures supplémentaires. 
 
            Belle manière de creuser le fossé entre les salariés les plus insérés et protégés et la grande masse de ceux qui craignent pour leur emploi ou en sont privés.
Il faut vraiment ne jamais avoir rencontré ni un patron, ni un salarié pour croire que c’est ce dernier qui décide de son temps de travail. Bien sûr la décision revient au patron.
Avec une baisse massive du coût du travail pour les heures supplémentaires les patrons cesseraient d’embaucher pour imposer des heures sups souvent à des salariés déjà surchargés. Certains, touchant des petits salaires, acculés par des charges de logements trop lourdes, ou bourreaux de travail, seraient évidemment satisfaits. Les plus nombreux n’auraient d’autres choix que d’accepter une charge de travail supplémentaire, parfois au prix de l’équilibre de leur vie familiale.
Par ailleurs cette politique destructrice d’emplois coûterait très cher. Il faudra bien compenser le manque à gagner de cotisations sociales (potentiellement très élevé, car les heures sups concerneront souvent des salariés très bien payés, que les entreprises auront intérêt à « utiliser » au maximum). Qui paierait ? Les français de demain héritier d’un fardeau de la dette toujours plus élevé. A moins qu’il s’agisse pour Sarkozy de préparer, comme avec sa proposition de franchise de remboursement des soins médicaux, l’enterrement de la SECU ?
Les entreprises, en particulier les PME, ont parfois besoin d’heures supplémentaires, pour faire face à une surcharge de travail passagère. Elles doivent pouvoir le faire (par les heures sups de leurs salariés mais aussi par l’interim). Mais en en payant le prix. Quand il s’agit d’augmentation permanente de leur activité, elles doivent être incitées à recruter.
La société de la rupture des solidarités que propose Sarkozy en opposant les travailleurs « qui se lèvent tôt » aux « assistés » (RMIstes, chômeurs, fonctionnaires, etc.) est aussi la société du travail comme « souffrance ». Philippe Askenazy, spécialiste d’économie du travail et auteur d’une livre remarquable sur la montée de la pénibilité du travail) écrit dans son blog :
« En faisant applaudir durant ses meetings les français qui se lèvent tôt, et huer ceux qui ne se lèvent pas tôt (les chômeurs, les salariés avec horaires non décalés) ou les 35 heures, le candidat de l’UMP définit une nouvelle référence des conditions de travail. Les pénibilités sont la norme. Devenues normales, nul besoin de les prendre en compte pour la retraite, nul besoin de chercher à les contenir, bien au contraire. »
 
2. Que tous ceux qui achètent un appartement puissent défiscaliser les intérêts de l'emprunt contracté pour acheter ce bien.
 
Encore une mesure très coûteuse (il en faut pour parvenir au montant vertigineux de dépenses ou de baisses de recette que Sarkozy projette !) qui ne profitera qu’à ceux qui bénéficient d’une stabilité de l’emploi et d’un revenu suffisant pour accéder à le propriété malgré les prix atteint par l’immobilier.
En plus d’être coûteuse et injuste, cette mesure ne ferait qu’alimenter la bulle immobilière et l’endettement des ménages. Elle ne repose sur aucune logique économique.
 
3. Suppression des droits de succession et des donations pour 90 % des Français.
 
L’immense majorité des français ne paient déjà quasiment pas de droits de succession. Il s’agit donc de se priver d’encore quelques milliards de rentrées fiscales pour servir quelques heureux héritiers de parents aisés. Bienvenue dans la France de la rente !
L’impôt sur les successions (à condition que les héritages les plus modestes y échappent, ce qui est déjà le cas) est un impôt juste et efficace (il ne décourage pas l’activité économique mais au contraire favorise la mobilité sociale et le dynamisme). Aux Etats-Unis, il est attaqué par la droite conservatrice et réactionnaire, et défendu par les démocrates et une partie des milieux d’affaires qui ne veulent pas d’une économie de rentiers. Challenges cite l’économiste Christian Saint-Etienne, proche de l’UDF : « l’immense majorité des économistes, même les plus libéraux d’entre eux, sont favorables au maintien d’une taxe sur les successions ».
François Marc, Didier Migaud et Dominique Strauss-Kahn ont remis à Ségolène Roy al leur rapport sur la fiscalité.
On peut lire des commentaires sur le blog de DSK (dont le mien recopié ci-dessous)
Et constater que la grande majorité portent sur la proposition d'une taxation des expatriés, vite appelée "Impôt Johnny".
Ce type de taxe existe déjà aux Etats-Unis (à partir d'un seuil de revenu qu'il serait bon de reprendre aussi) comme l'évoquait Hugues dans son blog (peut-être est-il l'inspirateur de cette proposition ?).

Mon commentaire sur le blog de DSK :

Concernant "L'impôt Johnny" : il existe quelque chose de similaire pour les citoyens expatriés d'un grand pays assez peu socialiste, les Etats-Unis. Et ça ne déclenche pas l'hysterie qu'on trouve dans certains commentaires ici...

J'aimerais juste que DSK précise que comme dans le cas des Etats-Unis, cet impôt sera prélevé uniquement pour les revenus élevés (autrement dit sera fortement progressif). Il ne s'agit pas de taxer le garçon de café à Londres ou le chercheur débutant à Boston (tiens, pourquoi ne pas exonérer tous les chercheurs, même ceux très bien payés, à condition qu'ils fassent une partie de leur carrière en France ? éventuellement en les remboursant à leur retour ?)

A voir aussi en soutien à cet impôt :
"No taxation without representation (et vice versa)" de Hugues :
http://hugues.blogs.com/commvat/2007/01/no_taxation_wit_1.html

Le reste du rapport, plus important, me convient bien. Bravo !

Pour la taxe carbone : à mettre en place même sans accord européen. S'il était prelévé à la consommation, en fonction du contenu carbone du produit acheté, il toucherait les biens importés mais pas les biens exportés vers des pays n'appliquant pas de taxe carbone. donc pas de problème de compétitivité.

 

Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt »

 

Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.

L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.

Cet appel, lancé à l'initiative du mensuel Alternatives Economiques a déjà reçu le soutien de :
Jean-Marie Albertini, économiste, Fadela Amara, Max Armanet, journaliste, Philippe Askenazy, économiste, François Baraduc, chef d’entreprise et vice-président du Conseil général du Rhône, Pierre Besançon, Vice président du Conseil économique et social régional de Franche Comté, Christophe Bigot, avocat, Vincent Boggio, médecin, Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, Noël Bouttier, rédacteur en chef de Témoignage chrétien, Robert Boyer, économiste, Anton Brender, économiste, Bernard Carrère, animateur d’association, Luc Champagne, cadre supérieur, Louis Chauvel, sociologue, Christian Chavagneux, rédacteur en chef de l’Economie politique, Jean Clément, créateur et chef d’entreprise, Denis Clerc, fondateur d’Alternatives économiques, Jean-Baptiste De Foucauld, ancien commissaire au Plan, Gilles de Courtivron, ancien dirigeant du groupe La Vie - Le Monde, Geneviève Decrop, ancienne directrice de la Mission Rhône-Alpes d’information sur l’exclusion, Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, Jacques Delors, Michel Dollé, rapporteur général du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale, François Dubet, sociologue, Gérard Duchamp, cadre supérieur, Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, Gilles Finchelstein, cadre supérieur, Maurice Fournet, ancien chef d’entreprise, Philippe Frémeaux, directeur d’Alternatives économiques, Antoine Garapon, juriste, Patrice Garnier, consultant, Jérôme Gautié, économiste, Christophe Gendreau, Stéphane Gourdon, Frédéric Volovitch, musiciens, Les Wriggles, Roger Godino, ancien chef d’entreprise, Philippe Grangeon, cadre dirigeant, Jean-Paul Hébert, économiste, Jean-Claude Guillebaud, éditeur, écrivain, Thierry Jeantet,  cadre dirigeant, mutualité, Wojtek Kalinowski, rédacteur en chef de la Vie des idées, Patrick Klugman, avocat, vice-président de SOS Racisme, Daniel Lenoir, cadre dirigeant, Didier Livio, chef d’entreprise, ancien président du Centre des jeunes dirigeants, Jacques Maire, cadre dirigeant, assurances, Jacques Maillot, chef d’entreprise, directeur de Témoignage chrétien, Antoine Martin, ancien DRH du groupe Danone, Eric Maurin, économiste, Dominique Méda, chercheuse, Olivier Mongin, éditeur, Marc-Olivier Padis, éditeur, Thierry Pech, secrétaire général de la République des idées, Hélène Périvier, économiste, Michel Préfol, ingénieur, Hugues Puel, économiste, Dominique Raymond-Blanc juriste, Loïc Richard, membre du Conseil économique et social de Bretagne, Paulette Souchon, infirmière, Jérôme Vignon, Patrick Viveret, philosophe et magistrat, Patrick Weil, directeur de recherche, Robert Zarader, cadre dirigeant - publicité, Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France...


Cet appel a déjà recueilli 9705 signatures (7février)
pour voir la liste complète des signataires et  pour vous joindre à cet appel :      http://www.alternatives-economiques.fr
on y trouve maintenant les réponses des candidats
Après l'emploi, parlons de la croissance (de la Production Intérieure Brute).
J'ai eu l'occasion d'écrire sur les limites du PIB comme indicateur de bien-être (son interpétation courante, au moins implicitement). Mais comme les indicateurs alternatifs ne sont pas disponibles avec une dimension temporelle, je me contente ici d'examiner les performances relatives de la France et du reste de la zone Euro en matière de croissance du PIB.
Pour des précisions concernant la lecture du graphique voir la première partie sur l'emploi.

Quels constats ? :
- jusqu'en 1993 la France, gouvernée par la gauche, faisait mieux que ses voisins dans une conjoncture défavorable (récession en 1993).
- de 1993-94 à 1997 la droite balladurienne puis juppéienne est au commande d'une économie française qui croît en général un point de % moins vite que celles de nos voisins.
- Sauf passagèrement (mais l'exception principale est en 2001, ce qui na peut-être pas été sans conséquences sur l'élection de l'année suivante puisqu'il est probable que seule la dernière impression compte) le gouvernement Jospin obtient une performance supérieure à celle des autres pays de la zone Euro. Cela est particulièrement net dans les deux premières années de la législature, alors que DSK est ministre de l'économie (dans cette période la croissance de la zone Euro est comparable en moyenne à celle de la période 1994-1997).
- Les deux premières années de la droite de retour au pouvoir sont relativement bonnes pour ce qui est de la performance relative.
Mais les choses se gâtent par la suite avec une sous-performance qui renoue avec celles des prédécesseurs Balladur et Juppé. Heureusement pour de Villepin et Sarkozy cette piètre performance est obtenue alors que la conjoncture européenne s'améliore nettement. Si au lieu des 3% de croissance annuelle de la zone Euro (hors france) constatée à la fin 2006 nous nous trouvions dans une conjoncture européenne seulement moyenne, les français seraient sans doutes encore moins indulgents qu'ils ne le sont.
La performance relative en matière de croissance est cependant moins défavorable que celle en matière d'emploi comme je le notais ici.
Mais c'est sans compter que la croissance du PIB français est tirée par une consommation largement financée par emprunt (le taux d'endettement des ménages s'accroît très vite, celui de l'Etat est préoccupant) tandis que les échanges extérieurs sont très dégradés (déficit commercial)...

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